dimanche 20 janvier 2013

Louise Bourgeois (1911-2010)

J’aime Louise Bourgeois, cette plasticienne née à Paris et morte à New York au printemps 2010, âgée de 99 ans. Elle a créé, entre autres, d’énormes araignées de métal.
Ma préférée s’appelle « La Mère ». Gigantesque, elle forme un carcan avec ses longues pattes fines. Un habitat ouvert dont l’espace est pourtant cloisonné.
Au travers de sa démarche artistique, qu'à donc voulu transmettre Louise Bourgeois ? Les femmes sont-elles des araignées ? Enferment-elles les hommes dans une toile au maillage si transparent qu’il ne se voit pas bien qu'ils s'y sentent pris au piège ?
Je suis mère et j’ai un fils. Je m’interroge sur la portée de cette relation si particulière qui unit le garçon à celle qui lui servira (consciemment ou  non) de référence face aux femmes qui traverseront son existence.
Certains hommes adorent leur mère, d’autres la détestent. Mais tous y sont attachés, d’une manière ou d’une autre.
La situation est différente pour les femmes dans le sens où, partageant le même sexe, les filles se sentent investies d’une mission de prolongement. En donnant la vie à leur tour, elles paient symboliquement leur dette.
Les hommes en sont privés. Restent-ils alors "enfermés" dans cette toile tissée par celle qui les a mis au monde ? Est-ce la raison de cette « impossible séparation » dont parle Anne-Laure Gannac dans son ouvrage du même nom ?

Christian Bobin écrit :
« Les femmes viennent du plus lointain de la vie des hommes, elles sortent de l’enfance des hommes, on dit qu’elles gouvernent cette enfance  mais ce n’est pas vrai, il suffit d’aller dans un jardin public et de regarder les mères avec leurs enfants, pour voir : elles ne gouvernent pas, elles veillent. Elles veillent sur l’incendie  naissant d’enfance, elles aident le feu de vie à prendre. Plus tard, beaucoup plus tard, elles regardent ceux qu’elles ont faits rois et qui ne savent plus leur parler. Les hommes, ce sont les devinettes qui les rassurent – devinettes du pouvoir, de l’argent, de la force. Devant les femmes ils disent : « Je ne devine rien, c’est un mystère ». Ce qu’ils appellent mystère, c’est la simplicité des femmes, et c’est leur solitude, cette force de solitude en elles, en chacune d’elles, cette manière qu’elles ont de tenir leurs enfants, leurs maris, leurs amants, le bleu du ciel et l’ordinaire des jours à bout de bras. Les femmes sont seules au début, au milieu et à la fin de leurs jours et elles reçoivent de cette solitude le sacre d’intelligence. Les hommes regardent les femmes brûler et c’est quand ils se taisent qu’ils en parlent le mieux ».
  

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